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Ajouté le : 22.06.2011 12:37

Un panorama de la littérature mauritanienne francophone

Par Mbarek Ould Beyrouk

Lorsqu’on parle de littérature on parle généralement d’un nombre conséquent de livres. Il est temps de vous en donner un aperçu, de vous citer des auteurs et des œuvres qui seront abordées plus en détail dans les chroniques futures.

Voici donc un panorama, une vision grande angle de la littérature mauritanienne de langue française, comme une liste de courses à faire, comme un buffet où l’on viendrait se servir quand on veut, comme on veut.

L’archéologie de l’écriture mauritanienne francophone : jusqu’en 1960
Les premiers écrits mauritaniens francophones sont l’œuvre de deux personnes : l’interprète Mahmadou Ahmadou Bâ et le célèbre encyclopédiste Mokhtar Ould Hamidoun. Le premier, né en 1893, brillant élève, fut formé (en arabe et français) dans les écoles coloniales, à Kaédi, puis au Sénégal et en Algérie. Il devint moniteur à la médersa de Boutilimit entre 1914 et 1918. Il écrivit par la suite dans la presse coloniale de l’époque (Renseignements coloniaux, L’Afrique française) et mourut en 1958. Ses textes semblent avoir participé au mouvement de connaissance du territoire en cours d’invasion afin de la faciliter. Ould Hamidoun, quant à lui, a certes été formé par l’école coloniale mais sans doute pas modelé comme Bâ. Son Hayat Mouritanya, travail titanesque d’historien et de conservateur malheureusement inachevé, est là pour en attester. Les textes francophones de ces deux auteurs relèvent de l’histoire, de l’ethno-anthropologie, de la linguistique : pas (encore) de la littérature, donc, mais (peut-être) ses fondations.

La naissance : des années 1960 à 1989

Oumar Bâ fut le premier à publier, de la poésie. Ses recueil ont ensuite oscillé entre l’avant-garde en peul et en français (Dialogue ou D’une rive à l’autre, Poèmes Peuls Modernes) et l’appropriation de la forme versifiée française au service de sujets « africains » (Odes sahéliennes) : odes à Senghor, à Nasser, au fleuve Niger, au Fouta Toro… La première génération d’écrivains va s’adonner à la poésie avec fougue : Djibrill Sall, Assane Youssoufi Diallo (Leyd’am, La Marche du futur), Tène Youssouf Gueye (Sahéliennes). Les dédicaces (comme les thèmes et certaines formes) des recueils font toutes références aux poètes de la négritude, Senghor et Césaire. Sall, le poète commissaire publie trois recueils (Lumières noires, Cimetière rectiligne et Soweto) avec l’appui de Moktar Ould Daddah, puis est censuré en 1976, suite à la publication dans le Chaab du poème « Le coup de piston ». Tène Youssouf Gueye écrit le premier roman mauritanien francophone (Rellâ ou les voies de l’honneur), la première pièce de théâtre (Les Exilés de Goumel), le premier recueil de nouvelles (A l’orée du Sahel), la première promenade poétique (Quelques visages du Sud-Mauritanien). Ahmed Baba Miské publie deux premiers essais empreints de poésie et d’engagement (la traduction du célèbre Al Wasît et Front Polisario, l’âme d’un peuple).

L’enfance : de 1990 à 2000

Durant cette décennie émergent des textes devenus depuis des « classiques ». Moussa Ould Ebnou publie son œuvre romanesque d’anticipation fortement teintée de philosophie (L’Amour impossible et Barzakh) qu’il traduira en arabe. Moussa Diagana publie son chef d’œuvre théâtral : La légende du Wagadu vue par Sia Yatabéré, tragédie dans laquelle, dans une écriture profonde et poétique, il revisite et questionne les traditions. Ousmane Moussa Diagana, quant à lui, nous offre des œuvres poétiques à la croisée des littératures mauritaniennes en soninké et en français : Chants traditionnels du pays soninké où le traducteur se dispute au poète la justesse et l’émotion, mais aussi Notules de rêve pour une symphonie amoureuse et enfin le magnifique Cherguiya, odes lyriques à une femme du Sahel où la femme et la Mauritanie fusionnent dans un tourbillon où poésie et mystique se marient musicalement. El Ghassem Ould Ahmedou, pour sa part, a constitué une œuvre contre ce qui s’enfuit, contre la disparition d’un monde où liberté, nomadisme et communautés avaient des sens différents (un essai, Le Génie des sables et un roman, Le Dernier des nomades).

Cette période est aussi marquée par l’émergence de deux nouveaux genres littéraires. Cheikh El Bouh Ould Zenagui (avec Raja le chamelon) et Siré Camara (avec Lambidou et autres contes soninkés) écrivent ainsi les premières œuvres de littérature d’enfance et de jeunesse en français. Quant à Mahamadou Sy (avec L’Enfer d’Inal) et Alassane Harouna Boye (avec J’étais à Oualata), ils inaugurent la littérature autobiographique.

L’adolescence : de 2001 à aujourd’hui

L’année 2001, c’est le grand tournant, l’année où se publie le plus de textes : la deuxième pièce de Moussa Diagana, Targuiya, tragique et poétique ; les poèmes engagés de Sall dans Reprenez le chemin de l’Europe, ceux plus utopistes et tourmentés d’Oumar Diagne dans Le Soleil s’est couché sur mon continent, et enfin les derniers plus lyriques et ludiques de Dewa Dianifaba dans Café Blues ; le long roman d’anticipation d’Ahmed Ould Saleck, Le 49ème jour de la semaine ; le superbe essai de Taleb-Khyar, La Mauritanie : Le Pays au million de poètes ; le recueil Contes de Mauritanie de l’IPN et enfin le recueil de chroniques journalistiques d’Abdel Kader Ould Mohamed (Mauritanie : chroniques d’un débat dépassé).

Ce dernier inaugure un nouveau genre qui connaîtra des émules (Elemine Ould Mohamed Baba avec De mémoire de Nouakchottois, chronique du temps qui passe et La Mauritanie, un pays atypique ; Mohamed Lemine Ould El Kettab, Facettes de la réalité mauritanienne) et qui tous, explicitement ou non, ont pour aîné Habib Ould Mahfoudh qui a « créée » le genre avec ses Mauritanides, chronique du temps qui ne passe pas dont nous attendons la publication annoncée par Ould Mohamed Baba chez Karthala avec grande impatience, tant cette écriture marquée par la profondeur et la légèreté, la finesse et l’ironie, l’humour et le sérieux vaut d’être connue de tous.

En dix ans, des auteurs ont apparu sur la scène et ont eu le temps de constituer de véritables œuvres. Harouna Rachid Ly est à ce jour l’auteur d’une œuvre riche et multiple : Le Réveil agité, un roman sur les relations modernes face aux conventions anciennes ; Que le diable t’emporte !, une fantaisie romanesque dans laquelle il pose un regard aimable et critique sur sa société ; Le Trésor des Houya-Houya, un court roman policier ; 1989, Gendarme en Mauritanie, un témoignage humble et personnel sur cette sombre année et enfin un recueil, Les contes de Demmboyal-L’Hyène et Bodiel-Le-Lièvre. Bios Diallo a terminé son triptyque poétique et romanesque, offrant ainsi lui aussi sa contribution aux « évènements » à travers le prisme d’une poésie cristallisant chants de colère et d’amour (Les Pleurs de l’arc-en-ciel, Les os de la terre) et d’une histoire mêlant engagement politique et chemins de vie se croisant et se séparant (Une vie de sébile). Aïchetou est maintenant à la tête d’une œuvre conséquente et des plus intéressantes : dix livres, entre romans et souvenirs, qui explorent son présent et son enfance où, de jeune bédouine musulmane qu’elle était on assiste à sa conversion en gauloise, rebelle et athée. Mamadou Sall est, quant à lui, l’auteur de sept ouvrages, véritables petits bijoux de mots et d’images à l’attention des enfants. Mamadou Lamine Kane, poète prometteur, a écrit deux recueils poétiques à l’écriture très ciselée (A l’aune des espoirs et Je suis légion). Abderrahmane N’Gaïdé fait lui aussi son entrée en littérature, avec un bel essai (La Mauritanie à l’épreuve du millénaire. Ma foi de « citoyen »), deux textes (le récit poétique Le Bivouac suivi du journal intime, réel et imaginaire, Fresques d’exil) et un recueil de poèmes (Au-delà de l’errance). Abdoul Ali War est, pour sa part, un écrivain multiple. Aux côtés d’un long poème (Demain l’Afrique) il a publié une pièce (Génial Général Président) et un roman (Le Cri du muet) qui traitent tout deux aussi des « évènements ». Si la première est centrée sur l’image du dictateur, sanguinaire et pathétique tout à la fois, le deuxième, écrit dans une langue limpide et poétique est une superbe fresque familiale et nationale des frasques politiques et sociales de l’époque. Beyrouk enfin, auteur d’un recueil (Nouvelles du désert), qui reprend les histoires qu’il publiait dans la presse, et d’un roman (Et le ciel a oublié de pleuvoir), magnifique reprise du mythe d’Antigone dans les sables mouvants de la modernité où rébellion, revanche et honneur enchaînent les personnages dans la mécanique implacable de la tragédie.


Si la première période est marquée par la poésie, cette troisième l’est par le roman, genre traversé par plusieurs courants.

Mohamed Ould Khatari (avec Les Résignés), Mohamed Baba (avec Bilal), Ahmed Yedaly (avec Yessar, de l’esclavage à la citoyenneté), Bouh Ould Harouna (Les Enfants de Tekechcoumba) ainsi que Beyrouk, Aïchetou (notamment dans L’Hymen des sables), War et Ly (et Séméga dans une moindre mesure avec La vierge du matin) traitent des rébellions face à des traditions éculées (dont l’esclavage).

Bios Diallo, Mame Moussa Diaw (avec Les otages), Alassane H. Boye (avec Méprise), mais aussi War et Ly, relèvent d’une écriture post-traumatique.

Il existe aussi un courant « ethnographique » avec les romans de Gueye, Ould Ahmedou, Séméga, Aïchetou (notamment ses deux Chroniques du Trarza, mais aussi Sarabandes sur les dunes et Cette légendaire année verte) et Seydna Ali Ould Zeidane (Le Trésor du désert).

Où s’arrête l’ethnographie, où commence l’histoire ? La littérature de la mémoire est aussi présente et possède des frontières floues avec le courant précédent. A ceux que nous avons déjà cités nous ajouterons bien sûr Moktar Ould Daddah (La Mauritanie, contre vents et marées) ainsi que Mohamed El Moctar Bal (avec Crapauds et nénuphars. Souvenirs d’un enfant de Dimbé).

Dans une veine plus originale, mais non sans lien avec les précédents, Ould Ebnou, Ould Saleck, Medely (avec Oualata, le secret de la Mauritanie heureuse) et Brahim Abdallahi N’Diaye (avec Mauritanie Blues) inventent quant à eux une Mauritanie imaginaire et proposent des histoires relevant de l’anticipation voire de la science-fiction.

Plusieurs romans policiers ont été écrits par des mauritaniens, Ly mais aussi Mohamed Ould Mohamedou Ould Khattat (Meurtre au cabanon trois) ainsi que Ould Zeidane (La Série de la route Al Emel).

Il y a beaucoup de figures féminines fortes dans la littérature mauritanienne francophone (la Rellâ de Gueye, la Sia de M.Diagana, la Lolla de Beyrouk , Dija la 1ère présidente de la Mauritanie de Ndiaye, la Lolla Aïcha de War et la Cherguiya de O.M. Diagana), mais peu de femmes écrivains : seules Bata Mint El Bara (Contes de la grand-mère), Aïchetou, Belinda Mohamed qui a fait imprimé cinq romans en 2008, Aïchetou Mint Mohamed (La Couleur du vent) et Safi Bâ (Les chameaux de la haine ou chronique d’un vertige) figurent sur les rayons de cette bibliothèque bien garnie ma foi. N’est-ce pas ?

source: www.beyrouk.com




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