Date: 23.08.2019  Heure: 14:34 GMT


Ajouté le : 29.05.2019 22:35

Présidentielles 2019

Présidentielles 2019: Choisir son Président c’est choisir son pilote de ligne

Bientôt nous allons élire un Président qui assumera la plus haute fonction du pouvoir exécutif. Voter pour un candidat aux élections présidentielles est un devoir civique, mais aussi une très lourde responsabilité, celle de choisir la personne qui va décider du destin de toute une nation.  De ce point de vue, ce choix libre et citoyen peut être assimilé à une responsabilité délictuelle, c’est-à-dire l’obligation d'un individu de répondre de ses actes, lorsque ceux-ci entraînent une situation portant préjudice à autrui. Cette responsabilité est comparable en termes de risque à celle de la sélection, s’il nous est donné d’en avoir l’opportunité, du pilote qui sera aux commandes d’un vol de nuit que nous devons prendre dans de mauvaises conditions météo.

 

Par Mohamed Abdallahi Boussery


En effet, choisir son président de la République c’est choisir son pilote de ligne ! Toute proportion gardée, le rapprochement peut être fait à plusieurs niveaux. En terme de responsabilité, le pilote et le président assurent la sécurité et le bien-être des personnes qui sont à leur charge : l’un ses passagers ; l’autre tout un peuple.

 

Concernant leurs facultés et compétences, chacun doit avoir une bonne vision, au sens propre pour le premier et figuré pour le second. Une acuité visuelle satisfaisante est indispensable à tout aviateur, mais non requise pour être président de la république. Toutefois, ces deux commandants de bord doivent partager la clairvoyance et la capacité d’anticipation en plus du sang-froid et des bons réflexes. Une haute technicité et une bonne planification sont aussi exigées pour chacun dans son domaine de compétence.  Le travail du pilote et du président ne commence pas au moment du décollage ou de l’investiture, mais bien plus tôt. Pour éviter de naviguer à vue, chacun doit préparer minutieusement son plan de « vol » et ses instruments de « navigation ».

 

Dans le cockpit ou le « Palais gris », le pilote et le président doivent rester constamment les yeux rivés sur leur tableau de bord aéronautique ou politique. Même s’ils scrutent le ciel en permanence, ils doivent toujours avoir les pieds sur terre, car leur autorité peut faire face à des contrepouvoirs : la tour de contrôle et le Parlement ou le Conseil constitutionnel, etc. Enfin, après avoir amené leur chargement à bon port, le pilote et son équipage cèdent les commandes à une nouvelle équipe, c’est en politique le principe de l’alternance pacifique. Pour continuer à filer la métaphore, le collège électoral est toujours convoqué comme les passagers d’un vol régulier.

Dans la pratique, ces critères de choix, s’ils sont toujours appliqués pour la sélection du pilote, ne sont malheureusement pas de rigueur dans l’élection du Président de la république. Ainsi, nous ne pourrons jamais attribuer, s’il nous en était donné l’occasion, une licence de vol à un aviateur, fut-il un parent, un ami ou quelqu’un qui pourrait nous couvrir de faveurs. Et nous n’avons pas besoin d’une culture civique pour lui refuser ce privilège. Le crash étant inévitable, l’instinct de survie et le sens aigu de responsabilité donneront l’alerte aussitôt ! Par contre dans la vie politique, tout est permis en l’absence de civisme et d’attachement à la patrie. Un électorat non avisé, peut mandater un président de la république sans mesurer les risques. Enfin, si aucun aviateur au monde ne peut exercer sans disposer d’une licence valide, un chef d’Etat du Tiers-monde peut exercer son pouvoir suprême sans aucun mandat légitime.

 

En Mauritanie où l’avènement de la démocratie n’a pas été accompagné par une bonne éducation citoyenne, les chaudes compétitions électorales, les sentiments d’appartenance sectaire et les discours politiques perfides ont souvent poussé des citoyens à faire des choix dictés par les sentiments et non par la raison. Nombre d’électeurs se sentent entravés par la tradition : les liens de sang et l’appartenance au milieu d'origine (tribu, ethnie, clan, caste).  De l’autre côté, certains candidats recourent à tous ces moyens de pression. Si besoin était, ils ne lésinent pas sur les moyens pour acheter les consciences fragiles en allouant des primes de fidélité et d’allégeance. Les notables qui n’hésitent pas à négocier leur poids électoral, sont rarement du côté du moins disant.  Pire, les plus « pragmatiques » de l’élite intellectuelle se bousculent chaque fois devant les portes des candidats favoris proposant leur soutien dans l’espoir de faire partie de la future équipe présidentielle. Dans ce contexte où l’intérêt personnel et sectaire prime sur l’intérêt supérieur de la Nation, incarner un projet de société idéal n’est plus le meilleur moyen de s’attirer les voix des électeurs.  

 

Pourtant, s’acquitter religieusement de son devoir civique nécessite la prise en compte de tous les critères de qualité dans le choix d’un président de la république. Pour que la Mauritanie puisse voler de ses propres ailes, il est indispensable de dédier nos bulletins de vote au service de la patrie. En faisant le bon choix, l’envol politique et socioéconomique de notre pays, comparable à un vol long-courrier, sera plus sûr et mieux piloté dans un contexte marqué par le mauvais temps et les turbulences météorologiques.

 

Si l’on peut tenir la comparaison, la Mauritanie prendra son « Vol MR 2019 » juste après les élections et nous serons tous dans le même avion. Ce vol très spécial n’est pas hebdomadaire, ni mensuel ou annuel. Il n’est pas non plus toujours régulier. C’est donc un vol à ne pas rater, car programmé tous les cinq ans si la météo politique n’impose son report ou son annulation.

 

La convocation est prévue dans quelques semaines, mais l’embarquement est immédiat ! Mesdames, Messieurs, attachez vos ceintures, civiques notamment ! Le gilet de sauvetage est sous le siège de la conscience, plus précisément dans les urnes. La durée de vol est de près de neuf mille heures, mais la destination est pour le moment inconnue. Vous allez la décider au moment du vote… et les prévisions météo sont fluctuantes…

 

La navigation n’est pas toujours aisée dans les pays en développement. La température au sol connait souvent des écarts liés aux inégalités, aux tensions sociales et aux chaudes rivalités politiques et électorales.  Au décollage un épais brouillard d’incertitudes peut assombrir l’horizon socioéconomique. En haute altitude des perturbations sont prévisibles du fait des aléas du sous-développement. Le vent glacial Est-Ouest et Nord-Sud, souffle sur les relations internationales dont les brusques variations sont rarement anticipées par les « radars » de services diplomatiques peu « caloriques ». Enfin, il n’est pas exclu que les tempêtes de la mondialisation et les zones de turbulence géopolitique imposent des atterrissages forcés.

 

Sans prétendre être habilité à donner des leçons d’instruction civique, je pense que dans ces conditions, nous devons faire preuve d’un patriotisme exemplaire, afin que la Mauritanie décolle et arrive à bon port. Pour peu que nous veillions à exercer notre droit de vote en donnant raison à la raison, l’élection du meilleur commandant de bord est à notre portée. Fort et fier de notre soutien et surtout de son patriotisme, Il saura braver le mauvais temps et décoller avec succès sur la piste du développement.  Conscient des enjeux vitaux de sa mission, il ne choisira pas un 737 Max, ni un avion de chasse exposé aux défenses antiaériennes hostiles et moins encore un drone espion ou un avion sans pilote téléguidé par rayons « Elysée ».  Un gros porteur civil ou «civilisé», dernier né de notre aéronautique patriotique suffit pour mettre le cap sur un avenir sûr, où la sécurité et le bien-être de tous nos concitoyens seront la destination.

 

Enfin, les élections sont à notre porte et l’enjeu est de taille. Mais il est encore permis d'espérer qu'un ultime sursaut civique nous permettra d’être au rendez-vous de l'histoire en choisissant, en toute conscience, le meilleur candidat. Cette occasion ne s’offre pas tous les jours et nos capacités actuelles de relèvement ne permettent pas de la rattraper à court terme. Nous n’avons donc pas droit à l’erreur. Bonnes élections !

 




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