Date: 23.02.2012  Heure: 01:05 GMT


Ajouté le : 08.01.2012 23:04

Hamady"Prisonnier, je servais de domestique et de berger pour les juges et les commandants à Aleg"

ALAKHBAR(Aleg) -Alakhbar a fait parlé pour vous le plus ancien détenu du centre pénitencier d'Aleg. Il s'agit de Hamady Ould Abderrahmne, né en 1960 à Male(Brakna), arrêté en 1984, suite à une bagarre qui l’a opposée à une fille de son âge.Très jeune ce temps, Hamady tape sa rivale d'une pierre sur la tète, celle-ci tombe malade et passe quelques jours à l'hôpital avant de décéder.

Quelle est la cause de votre emprisonnement ?

Si je me rappelle bien, un petit différend m’avait opposé à une fille de mon âge et je l’ai tapé avec une pierre sur la tête. Elle a été évacuée à l’hôpital et quelques jours, elle décéda.

Que vous inspire ces 27 ans de détention ?

Je remercie Allah de m’avoir donné la chance de sortir sain et sauve, afin de vivre le reste de ma vie auprès de mes enfants qui sont encore petits, pour qu’ils sentent la chaleur parentale.

Arrêté et emprisonné en 1984 pour meurtre. Reconnaissez-vous cette accusation ?

Une bagarre avait éclaté entre une fille de ma classe d’âge et moi, et ce moment je n’étais pas conscient de ce que j’ai fait.

Est-ce que vous vous rappelez des temps forts de votre jugement et de l'attitude de l’avocat qui vous défendait ?

Non, pas tellement ! Mais il y a deux faits qui me reviennent en tête qui sont : la première est que je n’avais pas de défense et la seconde est que le juge qui auditionné était très sévère en vers moi.

Selon vous, est-ce que votre procès était juste ?

En ce temps, je n’étais pas vraiment conscient, donc je ne peux rien dire sur mon procès.
L’essentiel est que le juge était très sévère contre moi et il amené le matin chez lui pour lui faire des travaux domestiques et le soir au moment de dormir, il me ramène en prison.

Comme quoi par exemple ?

Je lavais ses habits et ceux de sa famille, je préparais du thé et la cuisine. Et à un certain temps, je lui ai dit de me laisser soit chez lui soit en prison, parce que j’en ai marre de ces va et vient. Il refusa et continue à m'exploiter à sa façon.
Mais lorsque je l’ai emmerdé, il m’a ramené en prison et il a dit aux gardes de ligoter mains et jambes liés tout le temps. D’ailleurs, il venait souvent pour s’assurer, si je suis ligoté.

Après ton différend avec je juge, comment étaient tes premiers jours en prison ?

J’avais tellement peur et dès je vois un garde venir pour moi, est qu’il vient pour me tuer avec son arme.

Comment de temps a duré cette situation de peur chez toi ?

A peu près un mois. Je me rappelle bien d’un garde âgé du nom d’Ahmed Baba, qui discutait avec nous (prisonniers), il nous faisait rire en nous disant que la prison est une étape de la vie.
De ce fait, une nouvelle vie commença chez moi et je commence à m’adapter.

Vous pouvez nous parler de cette nouvelle vie ?

J’ai décédé d’aller vers mes codétenus et les gardes et j’ai trouvé parmi eux des gens très sympas. Une amitié s’est fondée entre nous, d’ailleurs je leur préparaient souvent du thé et certains m’envoyaient leur faire des courses en ville. Ils ont même eu confiance à moi, ils déposaient leurs armes à mes côtés et le chef me disait de surveiller les prisonniers.

As-tu une fois pensé à fuir ?

Jamais ! Parce que ma fuite ne servirait à rien et en fuyant, je ne pourrais pas vivre en toute liberté.

Vous aviez parlé d’amitié, pouvez-vous nous en faire part ?

Oui, il y a eu une bonne amitié entre les gardes et moi , d’ailleurs, elle a duré de 1984 jusqu’en 1987, l’année où le juge Chekroud est venu me prendre de la prison, pour m’amener lui surveiller son bétail au village. Le juge me laissait en brousse pendant des mois avec ses parents. Je garde de bons souvenirs de Chekroud , que j’ai surnommé "Dah". Il amené chez mes parents à Male, pour les saluer pendant les week-ends. Durant cette période, j’ai passé deux ans hors de la prison. Mais à chaque fois qu’on change le Wali, il m’amenait pour la décharge parce que en ce temps, ce sont les wali qui géraient les prisons.
Cette situation a duré jusqu’en 2005, l’année de sa mutation d’Aleg.

Tu es marié ?

Oui ! Et pour te dire, j’ai cinq enfants dont deux filles et trois garçons. D’ailleurs c’est quand j’étais en prison que je me suis marié chez moi.

Comment tu t’es marié et que tu es en détention préventive ?

C’est quand je me rendais chez moi, que j’ai vu une femme et j’ai demandé sa main. Sa famille a accepté et c’est le juge Chekroud qui a versé la dot et fait toutes dépenses.

L'après 2005 ?

J’ai continué à sortir de la prison. Il y avait le Commandant Raghany qui m’a amené chez lui de 2005 à 2007. En contre partie du travail que je lui faisais, il me versait à la fin de chaque mois 25000 ouguiyas. Ensuite, il y a le commandant Mohamed Ould Lewdeyk, qui m’a pris, jusqu’en 2007, un nouveau Wali est affecté à Aleg et celui-ci vient me cherche et le Commandant refuse de me laisser aller avec lui, ce qui a créer un différend entre les deux. Le wali vexé demande à ce qu’on me ramène en prison, jusqu’à ma libération lors de la grâce du 6 novembre dernier.

Tes parents avaient-ils fourni des efforts pour que tu sois libéré ?

Mes parents sont illettrés et pauvres, ne connaissant pas l’administration. Mais j’avais entendu, que certains parmi eux se sont rendus chez la famille maraboutique d’Ehel Cheikh Sidiya, pour solliciter leur intervention auprès de la famille de la défunte pour leur verser un montant de 800000 ouguiyas. Comme résultat, j’ai appris que, Ehel Cheikh Sidiya étaient prêts à verser la moitié de la diya. Mais dommage, il y a eu un différend entre mes parents pour le versement du reste de la somme.

Vingt sept en prison , c'est une jeunesse perdue?

Ecoutez moi, lorsque j’ai commencé à sentir l’isolement en prison, j’ai voulu que justice soit faite.
Parce que, lors de mon jugement, le juge me minimiser, parce que je n’avais pas quelqu’un pour me défendre. De ce fait, il se peut que je sois un accusé ! S’agissant de ma jeunesse, je l’ai perdue et c’est dommage.

Comment avez-vous vécu vos premiers jours en liberté, loin de la prison ?

(Pleurs) Croyez-moi, j’ai passé trois jours faisant mess prières tout remerciant Allah de m’avoir donné la chance de vivre jusqu’à voir mes parents et mes enfants.
J’ai commencé à rassembler ma famille et vivre modestement.
Comme vous voyez, j’ai loué cette boutique à 4000UM et je me suis converti en blanchisseur. Depuis ma sortie, je gagne ma vie paisiblement.




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