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Date: 02.03.2021  Heure: 07:22 GMT


Ajouté le : 19.03.2012 14:42

Hommage à mon frère Youssouf DIAGANA (1958-2012)

You. C’est ainsi que l’appelaient ses innombrables connaissances de toutes nationalités du campus universitaire de Dakar où il a atterri en septembre 1980, nanti d’un baccalauréat Série A pour suivre des études de Lettres. L’homme était simple, jovial, accessible de tous.

Tous sont frappés par son côté relationnel, chacun le partageant de façon particulière. Après l’obtention d’une maitrise, il postule en été 1984 auprès du Ministère de l’Education Nationale à la fois pour un poste d’enseignant du secondaire et pour une bourse de troisième cycle. Le Ministère de tutelle opte pour le second choix et Youssouf embraye alors pour des études de troisième cycle. S’en est suivi donc logiquement un DEA en littérature africaine en 1985 et une inscription en thèse en 1986.

Cette période correspondra avec la venue à Dakar d’un premier contingent d’élèves et étudiants noirs Mauritaniens fuyant le régime de Maawiya Ould TAYA pour trouver refuge au Sénégal. Pour ceux qui ont été accueillis à la cité universitaire, la chambre de Youssouf sera un lieu de convergence. La politique n’est pas son truc, mais la détresse des siens ne le laissait point indifférent. Il leur apportera tout ce qu’il pourra comme aide et soutien.

Cela parait dérisoire, mais nombreux sont ceux qu’il introduira au resto U malgré l’absence du bénéfice de la codification de leur carte d’étudiant pour pouvoir se restaurer avec un ticket subventionné que Youssouf leur offrait gracieusement en réussissant au passage à déjouer la vigilance du contrôleur à l’entrée de ce lieu. Quand le contrôle devenait plus rigoureux, il trouvait toujours le moyen d’externaliser son plateau personnel pour le partager avec le, voire les invités du jour. Ce qui fait dire à mon ami Ciré BA que Youssouf était notre « Abbé Pierre ».

Bref, chez lui, c’était la graille en continu et le thé coulait à flot. Vu de l’extérieur, l’atmosphère dans sa chambre sur le temps du midi, donnait de lui l’image d’un « ambianceur », d'un bon vivant. En réalité, l’homme était simplement un humaniste, traduisant dans les faits le devoir qu’a tout bon croyant d’assister son prochain nécessiteux. Pas étonnant, car ce caractère reflète l’éducation maraboutique qu’il a reçue de son père dans son Kaédi natal, alternant enseignement coranique et école moderne. Il eut le temps de parcourir deux fois le texte du Saint Coran et d’étudier les fondamentaux du droit et de la jurisprudence islamique : Al Aqdari, Al Mouqaddamatoul Al Iziyya, Al Rissala 1 et 2.

Les agréments de la vie d’étudiant ainsi que la rigueur demandée par les études dans la prestigieuse Université Cheikh Anta Diop ne l’ont pas pour autant dévié de sa voie éducationnelle. Ainsi dormait-il le soir bercé par les sonorités des plus beaux lecteurs du Saint Coran. Tout comme, il paracheva lui-même l’enseignement islamique reçu : il revisita notamment Al Mouqaddamatoul Al Iziyya en 1987 pour en tirer la quintessence. Fin connaisseur du Saint Coran, il aimait en psalmodier des morceaux choisis à la mode Soudeïss ou Abdel Basset Abdessamad presque à la perfection. La Waaqiâ (l’Echéante ou l’Evènement selon les traductions, en tout cas la sourate 56 du Saint Coran) était peut être sa préférée. Il aimait la réciter souvent lors de la dernière prière du soir.

Son érudition frappera son directeur de thèse, le Pr. Madior DIOUF qui, concluant son propos liminaire à la suite de la soutenance de Youssouf, reprend pour le public et les membres du jury une citation tirée du Coran et couchée par l’auteur sur la première page de son document : « Alhamdou lillahi lézi hada na lihâza. Wa ma kounna li nahtadiyya, law lâ an hadâna Allah » (Louange à Allah, qui nous a guidé à ceci. Nous n’y serions parvenus si Allah ne nous avait guidé, aidé). Et M. DIOUF d’en déduire que cette citation à elle seule traduisait la grande capacité de son étudiant à décrypter les textes y compris les plus chargés en contenu. Cette capacité valide par la même occasion le travail scientifique qu’il soumettait à leur appréciation du jour.

Youssouf était un esprit sain dans un corps sain. Grand sportif devant l’éternel, il s’adonnait pèle-mêle au footing matinal sur la corniche, au football, à la pétanque comme au handball. Dans cette dernière discipline, il intègrera même l’équipe du Dakar Université Club pour les entraînements.

Diabolique. C’est le qualificatif que lui vaut, de la part de ses camarades du lycée, sa capacité à se sortir des situations les plus complexes.

Youssouf exerça le métier d’enseignant dans plusieurs établissements de Dakar et sa région avant que ne lui soit ouverte la perspective cap-verdienne où il enseigna la littérature africaine à l’Université de Praia. C’est dans ce pays, qu’il fut rappelé à Allah. Il laisse une veuve, deux enfants et un grand vide dans nos cœurs.

Puisse Allah, le Très Miséricordieux lui accorder Son pardon et lui ouvrir grandes les portes de Son paradis. Amine

Boubacar DIAGANA

Source: Kassataya.com

 




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