Date: 21.09.2017  Heure: 23:01 GMT


Ajouté le : 06.09.2012 00:04

4 septembre 1986: jour de la razzia

Par Ibrahima Moctar SARR

Après la publication du manifeste du négro-mauritanien opprimé, une actualisation du manifeste des 19 publié en 1966 qui dénonce le racisme d'Etat en Mauritanie, Ibrahim Moctar SARR (IMS) et ses amis sont jetés en prison le 4 septembre 1986 après avoir été torturés.

A l'occasion de cette triste date, voici la traduction en français de son poème pulaar "nay jeenay" (4 septembre) écrit le 27 février 1987 les chaînes au pied.

Nay jeenay veut aussi dire "les neuf taureaux", d'où l'allusion à la razzia des taureaux dans son texte pour rappeler la force et le courage de ses hommes victimes d'une répression sanguinaire dont certains sont morts.

Fara Oumar, la voix dans le film "Cercle des noyés" et Mamadou Bocar sont les actuels membres du Bureau Exécutif de l'Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Rénovation (AJD/MR) qui ont partagé avec IMS les souffrances du mouroir de Walata. Leurs gêoliers avaient confessé qu'ils avaient reçu comme consigne de les exterminer jusqu'au dernier.

Son recueil "Kartaali niBBe" (sanglots nocturnes) dont est extrait ce poème sera bientôt traduit en arabe et français.

 

4 septembre, 

Jour de la razzia des taureaux superbes,

Les braves surpris, sont arrêtés et incarcérés ; 

Toute la cité a vibré !

 

Des pas fermes martèlent le sol en cadence,

On aurait dit, une attaque d’une armée ennemie ! 

Un à un, les guerriers brandissant des gerbes de flammes, 

Dans le secret sont entassés,

 

Leur purgatoire bien préparé ; 

La torture !

Rien d’horrible et d’inhumain n’est omis ;

Les femmes n’ont pas été épargnées,

Elles ont subi l’ignoble supplice.

 

Les jours passent, des échos retentissent ; 

Les morts de Kummbaru,

Dans leur tombe se retournent, 

Quand les murs ont parlé et dit la nouvelle ; 

Les prétextes brandis sont balayés ; 

La vérité des  faits est rétablie.

 

Notre 4 septembre, 

Jour de la  razzia des taureaux superbes ;

De preux cavaliers enfourchent leur monture,

Tous les villages alertés, répondent à l’appel,

Les braves se concertent et décident ; 

Les plus téméraires mettent le feu à la plaine, 

Qu’il n’en  reste plus rien !

 

Les ennemis en sont outrés,

Leurs affaires sont affectées,

Les colporteurs de nouvelle tendent l’oreille,

Les messages fusent de partout instantanément, 

Les sinistres desseins  sont enfin dévoilés,

 

Les oppresseurs mis au banc des accusés ;

Leur honneur et dignité, dans la boue traînés ; 

Maintenant, c’est décidé ! 

Comme avant, rien  ne sera plus ! 

 

Le glaive s’il le faut ! 

Pour détruire  cette cohabitation d’indignité,

D’oppression et de déshonneur, 

Auréolée d’une fausse religiosité,

Badigeonnée d’hypocrisie, 

D’ignorance et d’illettrisme ornée.

 

Notre 4 septembre, 

La razzia, des taureaux superbes ;

L’évènement, dans l’histoire est gravé, 

Épopée glorieuse des générations futures,

Nos enfants le raconteront à leurs enfants. 

 

Ce jour là, le pays tout entier s’arrêta net !

Les chiens mouchards furent  lâchés

Pour dénicher tout patriote redouté ; 

Les plus illustres furent triés et conduits,

Certains réussissent à s’échapper,

Et choisissent l’exil pour méditer ;

 

Très vite le complot est ourdi ; 

Des chargés de mission sont investis,  

L’ordre est donné,

Tapez dur, qu’il n’y ait plus émules

Vite, la besogne !

 

Les hommes en noir fustigent la procédure, 

Quittent la scène ; 

Les prisonniers se taisent et s’asseyent ;

N’empêche, ce qui est prévu est exécuté !  

La sentence tombe, le monde présent est médusé.  

 

Qui sème le vent récolte la tempête ! 

Une foule immense se dresse, point levé ;

Les chiens enragés s’agitent, prêt à bondir ; 

Les fusils entre croisés,

Des barrages constitués.

 

Dehors, des manifestants se mettent en rang ; 

Hommes et femmes en colère, marchent serrés ; 

Même nos enfants de sept à dix ans,

Brandissent leur drapeau et disent : 

Comme avant, rien ne sera plus !   

  

Prison civile Nouakchott  

Le 24 février 1987 

 




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