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Date: 12.04.2021  Heure: 16:24 GMT


Ajouté le : 31.12.2012 10:00

Nord Mali: Si les choses se dégradent toute la sous-région en aura les contrecoups "ministre sénégalais" (+Vidéo)

ALAKHBAR (Nouakchott)- On ne peut pas envisager une occupation définitive d’une partie du territoire malien où l’imposition d’un mode de vie que les populations n’ont pas connu depuis des siècles, a affirmé le ministre d’Etat sénégalais, Abdoulaye Bathily, interviewé par Alakhbar lors de sa visite en Mauritanie du vendredi 28 au dimanche 30 décembre courant.

ALAKHBAR: Quelle est l’attitude du Sénégal  par rapport à la crise au Nord du Mali ?


Abdoulaye Bathily: Le Sénégal, en tant que pays frère et voisin du Mali, comme la Mauritanie, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et l’Algérie, est intéressé à la solution de la crise du Mali. Nous allons apporter notre contribution à la solution de cette crise.

 

ALAKHBAR: Même si elle est militaire, cette solution ?


Abdoulaye Bathily: Actuellement, il y a des discussions en cours. L’ONU, dont nous sommes partie comme tous les pays du monde, a pris une résolution. Nous allons dans le sens de la mise en œuvre de cette résolution qui comporte trois volets. Il y a le volet de la négociation pour effectivement préserver l’intégrité territoriale du Mali. Que tous les enfants du Mali se retrouvent et ébauchent une solution pour la gestion de leur pays. Ça c’est important. Et je crois que le Sénégal et les autres pays sont d’accords sur cette dimension de la résolution du Conseil de sécurité. Deuxièmement, tout le monde est intéressé à mettre fin au calvaire des populations maliennes qui sont aujourd’hui par milliers dispersées dans les pays voisins et qui vivent sous les tentes. Donc, la question humanitaire nous intéresse au plus haut point. Tous les voisins du Mali sont intéressés que ces populations, dispersées aux quatre coins des pays voisins, recouvrent leur dignité et que les populations qui sont dans les villes de Tombouctou de Kidal et de Gao, qui souffrent de l’arbitraire et de l’oppression des groupes extrémistes, recouvrent aussi leur liberté. Ça c’est le volet humanitaire de la résolution, nous sommes tous d’accords là-dessus. Le troisième volet maintenant: s’il y a des groupes qui ne veulent pas du tout négocier, qui ne veulent pas restaurer la paix la tolérance, évidemment la résolution envisage l’usage de la force. Il faut espérer qu’on n’en arrivera pas. Personne n’a intérêt à recourir à la force, mais comment faire s’il n’y a pas d’autres voies. Ceux qui sont à Gao à Tombouctou ou à Kidal utilisent déjà la force contre les populations innocentes.

 

ALAKHBAR: Mais, ce dernier choix militaire ne s’impose-t-il pas ?

 

Abdoulaye Bathily: Non. D’après ce que j’ai compris de la résolutionde l'ONU, ce n’est pas ça qui s’impose. Pas du tout. C’est une perspective qui est envisagée à défaut d’une perspective pacifique. Vous ne pouvez pas quand même envisager une occupation permanente et définitive d’une partie du territoire malien où l’imposition par la force d’un mode de vie que les populations maliennes n’ont pas connu depuis des siècles. Je suis professeur d’histoire, depuis quarante ans, j’enseigne l’histoire de la Mauritanie du Sénégal, de l’empire Songhaï et celle de l’Empire du Mali. Tombouctou est, depuis le neuvième siècle de notre ère, une ville islamique. Les chroniqueurs arabes du neuvièmes siècle déjà la mentionnent comme l’une des villes musulmanes où les commerçants du monde arabe, du Maghreb et du Moyen Orient venaient faire le  commerce de l’or et d’autres produits. Donc, ces gens-là sont musulmans depuis presque dix siècles maintenant; on ne peut pas venir, aujourd’hui au 21 siècle,  pour dire: «Bon, on va leur apprendre l’Islam». Nos sociétés ne peuvent pas se développer sans la tolérance; c’est la tolérance qui fait développer les sociétés. L’extrémisme, qu’il soit en Droit, en Economie, en Religion ou en politique, ne fait que provoquer des souffrances pour les populations.

 

ALAKHBAR: Comment enfin évaluez-vous la Médiation burkinabé dans ce dossier malin ?


Abdoulaye Bathily: Je pense que la médiation poursuit son cours. À l’heure actuelle, je n’ai pas tous les éléments. Disons qu’il y a quand même des avancées à mon avis qui sont faites. Par exemple, je crois savoir que Ançar Dine et le MNLA sont allés à Ouagadougou et à Alger et sont d’accords pour négocier, c’est important. L’Algérie contribue et la Mauritanie aussi. Le gouvernement mauritanien contribue à ce processus de négociation. Il ne faut pas penser que c’est simplement le médiateur officiel qui fait le travail, il y a d’autres pays qui le font; la Mauritanie joue un rôle important qu’il faut saluer et encourager. Nous avons tous intérêt à jouer dans ce sens, puisse que si les choses se dégradent davantage au Nord Mali, la Mauritanie en aura les contrecoups de même le Sénégal, l’Algérie et tous les pays de la sous-région. Personne ne va échapper. Donc, il vaut mieux qu’il ait plus de cohésion dans le sens de la solution de ce problème.

 

ALAKHBAR: La divergence de la classe politique malienne ne risque-t-elle pas de compromette le processus des négociations ?


Abdoulaye Bathily: Effectivement, le manque de cohésion au niveau malien a peut être contribué  à ralentir le processus des négociations, ce n’est pas seulement la question de l’intervention. On disait qu’en fait au Mali il y avait trois centres de pouvoir: les militaires à Kati, la Présidence de transition et le premier ministre. Ça crée une situation un peu difficile à gérer par rapport au monde extérieur. Mais, ces derniers jours, avec le changement de premier ministre, on note un peut plus de cohésion dans les interventions. Nous espérons que maintenant le dossier va connaître une nouvelle accélération dans son traitement. Il faut espérer en tout cas. Le nouveau premier ministre a fait le tour des pays voisins et je pense qu’en accord avec le président de trasition et d’autres forces politiques il y aura une solution. Les forces politiques maliennes commencent à se rendre compte qu’il est nécessaire d’assurer une cohésion interne pour arriver à une solution. On ne peut pas aller négocier avec sérieux quand on a sa propre maison divisée.  

Retrouvez ici la première partie de cette interview consacrée aux relations mauritano-sénégalaises et à la situation interne du Sénégal.




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