Date: 30.04.2017  Heure: 09:01 GMT


Ajouté le : 13.02.2013 18:47

Dominique Da Sylva: "Les Mourabitounes je n’y pense pas… j’en rêve"

MAURIFOOT - Formé à l’Académie Nationale de football, Dominique Da Sylva a rapidement gravi les échelons pour s’imposer au plus haut niveau africain. Aujourd’hui, l’ancien pensionnaire de Sfax (Tunisie) fait les beaux jours du prestigieux club d’Al Ahly en Égypte. Une reconnaissance sur le plan continentale que le talentueux avant-centre tarde à trouver dans son pays d’adoption, la Mauritanie. Sevré de sélection à cause d’un problème de papiers, le joueur de 23 ans se dit malgré tout prêt à revenir si on fait appel à lui. Entre sa situation en club, son possible transfert et les Mourabitounes, Da Sylva se livre sans concession. Entretien exclusif avec Maurifoot.

Maurifoot : Bonjour Da Sylva. Tu es arrivé en Égypte en 2010 en provenance du CS Sfax. Quel bilan dresses-tu de tes trois années passées au sein du club d’Al Ahly ?

Dominique Da Sylva : Ma première saison avec Al Ahly a été plutôt bonne. J’ai réussi à remporter le championnat dès mon arrivée. Cependant, la deuxième année a été beaucoup plus compliquée avec le Drame de port Saïd (2 février 2012, NDLR). Une tragédie qui a touché le club et qui nous a tous affecté. À présent, j’entame ma troisième saison sportive avec le Al Ahly du Caire. Le championnat vient de reprendre après une année de suspension. En gros je ne dirais pas que j’ai passé trois bonnes années en Égypte. Seule la première a été satisfaisante.


MF : L’année 2012 a été prolifique pour toi, avec une Ligue des champions africaine remportée et une participation à la Coupe du monde des clubs au Japon. Qu’est ce que cela représente pour toi ? 

DDS : En effet, je dirais que l’année 2012 a été intéressante sur le plan sportif.  J’ai remporté la Ligue des champions africaine pour la première fois de ma carrière et j’ai participé à la Coupe du monde des clubs en Asie. Malheureusement, je n’ai pas eu l’occasion de jouer un seul match dans cette grande compétition. Mais l’essentiel a été d’aller découvrir d’autres horizons et côtoyer de très grandes stars du football européen et mondial. Ce fut une très belle expérience pour moi et j’espère vraiment que j’aurai la chance de la revivre à nouveau.


MF : Néanmoins, tu as beaucoup moins joué avec ton club la saison dernière, souvent relégué sur le banc de touche. Comment expliques-tu cela ? 

DDS : Vous savez, je joue dans un club où évoluent certains des meilleurs joueurs du continent africain. Quand mon ancien coach (Manuel José, NDLR) était encore là, je jouais beaucoup car c’est un européen et il savait comment me gérer. Je participais à la majorité des matches, souvent comme titulaire. Le club a finalement engagé un nouvel entraîneur en la personne de Hossam Al Badry. Il y avait des joueurs égyptiens sélectionnés en équipe nationale et le coach voulait les relancer pour qu’ils restent compétitifs. S’ils ne jouaient pas, c’était mal vu ici. Ajouté à cela, les mauvais rapports que j’entretenais avec l’entraineur. Donc pour toutes ces raisons je n’ai pas eu assez de temps de jeu. Mais n’empêche, pour moi c’est la loi du football. Il a préféré d’autres joueurs à moi, c’est son choix et je le respecte.


MF : On parle d’une éventualité de transfert. Probablement en direction de l’Europe. Que peux-tu nous dire à ce sujet ? 

DDS : La période de transferts vient de s’achever. Au début, j’ai eu pas mal de contacts. J’ai même reçu une offre émanant d’un club de deuxième division en Turquie. L’équipe n’est pas tombée d’accord avec mon club. Je devais partir pour une période de six mois, mais la proposition faite par l’équipe turque ne convenait pas aux dirigeants d’Al Ahly. Pour le moment, il ne me reste que la Russie comme option pour ce Mercato. Mais je pense que je vais normalement rester en Égypte et terminer la saison avec Al Ahly.


MF : Le championnat égyptien de football a été suspendu pendant un an à cause du Drame de Port Saïd. Le manque de compétition pèse t-il sur ton choix d’aller voir ailleurs ? 

DDS : Certainement. Le manque de compétition est un facteur déterminant car il a une mauvaise incidence sur mes performances. Le fait de ne pas jouer le championnat et ne pas avoir de compétition dans les jambes est mauvais pour moi. Je suis un footballeur professionnel et si jamais je ne joue pas souvent je manquerai de rythme et je ne serais pas à mon meilleur niveau. D’ailleurs, pour notre premier match cette saison face au Ghazl El Mahalla (Samedi 2 février 2013, NDLR) je me suis très vite essoufflé. Cela était dû au manque de compétition. Les matches amicaux ne sont pas suffisants pour se maintenir en forme. Une rencontre amicale est très différente d’un match de compétition. L’intensité n’est pas la même. Que ce soit dans la préparation ou même dans le jeu, tout est différent. Mais Dieu merci, vu que cette année le championnat reprend ses droits, j’espère que les choses vont enfin se calmer. Notre premier match s’est bien déroulé (victoire d’Al Ahly 1-0, NDLR) et je souhaite que ça continue ainsi.


MF : Comment vois-tu la suite de ta carrière ? 

DDS : Comme je l’ai dit plutôt, ce mercato est pratiquement terminé pour moi. J’espère juste que dans six mois ou une année les portes s’ouvriront de nouveau. Que je puisse enfin m’envoler pour l’Europe. Car en ce moment, c’est ma priorité. J’ai eu des contacts au niveau du championnat de France. Je préfère pour le moment taire les noms des clubs intéressés. Je souhaite que d’ici la saison prochaine les choses se débloquent. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a plusieurs clubs européens qui me suivent. On verra bien.


MF : L’équipe nationale de Mauritanie, tu y penses souvent ? 

DDS : Je n’y pense pas souvent… j’en rêve tout simplement. Mais pour le moment c’est un rêve qui tarde à se réaliser.


MF : Où en es-tu avec ton problème de papiers ? 

DDS : Honnêtement, je n’en sais absolument rien. Je ne sais vraiment pas où en sont les choses aujourd’hui. Si mon problème de papiers a été réglé ou non. Je n’ai reçu aucun coup de fil depuis mon départ de Nouakchott pour me tenir informé de la situation. Malgré les promesses de la Fédération de football, Je n’ai toujours pas constaté d’évolution.


MF : Qu’attends-tu exactement des autorités mauritaniennes ? 

DDS : Tout simplement qu’on me règle mes problèmes de papiers. Pour le moment ce n’est pas vraiment une priorité pour moi. Si c’est fait tant mieux, sinon ce n’est pas grave.


MF : Que penses-tu de la Fédération de football ? 

DDS : Je pense sincèrement qu’elle est meilleure que les précédentes. Elle est entrain de bosser même si tout ne se passe pas comme on le voudrait. C’est la Mauritanie qui est ainsi. Malgré tout, je reste convaincu que la FFRIM fait du bon travail. Il y a eu pas mal de changement ces derniers temps. Même s’il reste encore énormément de chose à faire, il y a tout de même du positif. Je crois qu’avec le temps les résultats vont venir. Ce que je souhaite surtout, c’est qu’il y ait une entraide entre les dirigeants de la Fédération et qu’ils soient solidaires. La FFRIM doit faire preuve de transparence et accepter les critiques pour s’améliorer. C’est seulement comme ça qu’elle pourra progresser. Que quelqu’un fasse un travail sans être critiqué est impossible. On fait tous des fautes dans la vie. Il faut en tenir compte et avancer. J’espère qu’elle va continuer à travailler et soutenir l’équipe nationale. Et surtout faire la différence entre la Sélection et les clubs. L’équipe nationale c’est sacré. Que ce soit les Cadets, les Juniors ou les Seniors, quelque soit la catégorie la Sélection est importante. Ce sont des personnes qui défendent toute une nation et qui porte le drapeau. Les internationaux méritent un maximum de considération. J’aimerai que la Fédération puisse faire tout son possible pour aider ces joueurs qui portent le maillot national. J’ai aussi une autre remarque à faire. Je vois souvent les clubs du championnat critiquer la Fédération. Je voudrais dire que certaines choses ne sont pas du ressort de la Fédération. Ceux qui prennent la responsabilité d’engager leurs clubs doivent être en mesure de l’assumer. La Fédération est là d’abord pour l’équipe nationale. Chaque club doit pouvoir se débrouiller afin d'obtenir des fonds et le minimum essentiel de matériel car ailleurs, dans les autres pays, on n'attend pas exclusivement l'aide de la Fédération.


MF : Es-tu en contact avec le sélectionneur national, Patrice Neveu ? 

DDS : Non. Je n’ai eu aucun contact avec lui récemment.


MF : As-tu encore la même motivation pour venir défendre les couleurs de la Mauritanie ? 

DDS : Je ne suis pas rancunier. La Mauritanie est un pays où j’ai grandi. C’est là où j’ai appris mes premiers mots en français et tous mes amis y vivent. Donc je ne pourrais jamais l'oublier. À chaque fois que j’entends l’Hymne National j’ai des frissons. Je me sens à 100% mauritanien. Pour moi, porter le maillot des Mourabitounes est un rêve... mais qui tarde malheureusement à se réaliser.


MF : Petite question indiscrète. Si tu venais à revêtir une nouvelle fois la tunique des Mourabitounes, tu opterais pour quel numéro ? 

DDS : Je ne pense pas encore à quel numéro je vais choisir, car pour le moment l’équipe nationale n’est pas d’actualité. Si on me convoque, je prendrai le maillot que l’on me donnera. En général, les joueurs mauritaniens accordent une importance particulière aux numéros. Et je n’ai pas très envie d’avoir un malentendu avec un coéquipier par rapport à ça. Pour moi le numéro n’a aucune importance. Avec les juniors, j’ai joué avec les numéros 10 et 11. En Senior, j’ai porté le 9. Donc ce n’est pas un problème. Si je devais absolument choisir, j'opterais pour le 10, mais je serais toutefois prêt à prendre n'importe quel autre numéro.


MF : Le public mauritanien mise beaucoup d’espoirs sur toi. As-tu un mot à leur adresser ? 

DDS : Vous savez, je reçois énormément de messages de supporters mauritaniens tous les jours. Ils m’écrivent souvent pour m’encourager. Ce qui me fait mal au cœur, c’est qu’on dise que je suis mauritanien alors que je n’ai même pas la nationalité. On me demande souvent si je reviendrai en sélection un jour. Certains ne savent peut-être pas quel est l’origine de mon problème. Et je ne sais vraiment pas quoi répondre à ces questions. Je les écoutes tout simplement. J’explique à certains et je préfère ne rien dire à d’autres. De temps en temps je consulte ma boite mail pour voir les messages qu’on m'envoi et je suis très touché par ce que je lis. Je ne suis pas souvent connecté à cause de mes matches, raison pour laquelle je ne réponds pas à tout le monde. Vous savez, j’ai été à l’Académie de football et je connais bien le public mauritanien. Le peuple a envie de voir son pays qualifié pour une grande compétition. Pour le moment, les supporters croient en moi et sont fiers de me voir les représenter.  Leur soutien me touche. La manière avec laquelle on m’accueille quand je rentre au pays, franchement je ne pourrais jamais assez les remercier. Je ne souhaite qu’une chose, c’est de pouvoir soulever le drapeau national et l’emmener à la Coupe d’Afrique et pourquoi pas en Coupe du monde. Mais tout ceci c’est par étape. Il faut déjà résoudre mon problème de papiers. Aujourd’hui, aucune équipe n’est au top. Toutes les nations se valent. C’est juste une question d’envie. Il faut en vouloir et surtout y croire pour y arriver. Le public y croit mais il faut que ça suive derrière. Il n’y a pas que Dominique Da Sylva, à moi seul je ne pourrais rien faire. La Mauritanie possède beaucoup d’autres joueurs très talentueux. Merci à tous pour votre soutien.

Propos recueillis par Brahim Sow Deïna
MAURIFOOT
 

 




Banner

Le jeune Etat mauritanien, face à la guerre du Sahara –Archives

Alakhbar fait "une officine des Services de renseignement", selon Biram Dah Abeid

L’écrivain Mohamed Yahya Ould Ciré: « Les Harratines sont victimes d’un double racisme»

Retrouvez-nous sur Facebook


@FrAlakhbar

Agence d'information indépendante Alakhbar © 2017

Partenaires