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Date: 28.05.2020  Heure: 18:54 GMT


Ajouté le : 07.03.2013 16:24

Mauritanie: Les élections qui sont en train d’être préparées sont une réédition de la mascarade habituelle (Ould Sidi Baba)

Ahmed Ould Sidi Baba

Ahmed Ould Sidi Baba

ALAKHBAR (Nouakchott) - Ahmed Ould Sidi Baba, président en exercice de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) et président du parti RDU, (Rassemblement pour la Démocratie et I‘Unité), estime, dans cette interview accordée à Alakhbar, que les élections législatives et municipales annoncées par la CENI à une date entre septembre et octobre 2013 sont une réédition de la mascarade habituelle. Il évoque également l’affaire Bouamatou et la position de la Mauritanie relative à la guerre au Mali.

ALAKHBAR: La COD qui réclamait des législatives a rejeté le communiqué de la CENI relatif à la date d’organisation de ces élections. Pourquoi cette contradiction ?


Ahmed Ould Sidi Baba: Je crois que la contradiction existe dans votre imagination. Nous n’avons pas réclamé des élections comme ça. Nous avons posé des conditions et fait des propositions qui ont été rejetées. Nous n’accepterons jamais de cautionner ou de participer à des élections qui ne soient pas  consensuelles; c’est-à-dire convenues entre toutes les parties de la classe politique y compris nous, et qui ne soient garanties comme pouvoir être honnêtes et transparentes. Ceci est inscrit dans notre charte qui a été adoptée il y a de cela presque un an. C’est vous dire que nous n’avons jamais réclamé des élections n’importe comment. Nous avons dit simplement que nous sommes dans une crise et que cette crise nous ne pourrons pas en sortir que par des élections mais pas n’importe quelles élections. Les élections qui ont été faites en 2009 vous les avez vécues. Celles qui sont en train d’être préparées sont une réédition de la mascarade habituelle ?

 

ALAKHBAR: La COD n’est-elle pas face à un dilemme: soit participer à des élections avec peut de garanties, soit les boycotter au risque de rester à l’écart des institutions ?


Ahmed Ould Sidi Baba: Ce n’est pas nous qui sommes face à un dilemme. C’est le pouvoir qui est face à un dilemme. Est-ce qu’il veut continuer à jouer la mascarade habituelle que nous vivons depuis d’ailleurs très longtemps. Ou est-ce qu’il est décidé enfin à faire cette Mauritanie un peuple de citoyens et à faire des institutions de la Mauritanie des institutions démocratiques. S’il ne veut pas le faire, et bien, c’est lui qui portera la responsabilité de ce qui arrivera. Au niveau de la COD, notre objectif n’est pas d’ambition personnelle d’être représentés au Parlement ou même de diriger le pays. Notre ambition est de faire une nation d’abord, parce que pour l’heure nous n’avons pas de nation. Nous avons des gens qui sont astreints à une sorte de service politique obligatoire qui leur impose d’être au côté du pouvoir.  Nous voulons sortir le pays de cette situation. Notre problème n’est pas que nous soyons mal ou bien présentés dans un parlement, notre problème est faire sortir le pays de la crise qu’il vit depuis maintenant trente-quatre ans.

 

ALAKHBAR : Est-ce que cela veut dire que vous boycotterez les législatives,  si la CENI maintient son calendrier ?


Ahmed Ould Sidi Baba: Lundi (11 mars )nous allons tenir une conférence de presse et émettrons un communiqué. Au cours de cette conférence de presse et à l’occasion de ce communiqué, nous définirons précisément comment nous envisagerions des élections et comment nous les concevrons comme étant consensuelles,  honnêtes et transparentes.

 

ALAKHBAR: Vous allez donc boycotter les échéances prévues.


Ahmed Ould Sidi Baba: Nous n’accepterons jamais de cautionner ou de participer à des élections qui ne soient pas l’objet d’un consensus, c'est-à-dire de tous les acteurs politiques et pas seulement de Monsieur Ould Abdel Aziz et de ceux qui le suivent. Nous n’accepterons jamais de cautionner des élections qui ne  soient pas entourées de précautions de nature à les rendre honnêtes et transparentes. Et si Monsieur Ould Abdoul Aziz tient à les organiser comme il l’entend, et bien, ce n’est pas nous qui serons face à un dilemme, c’est lui qui sera face à un dilemme: il aura cette fois-ci, c’est peut-être son rêve, un parlement entièrement dévoué à sa cause et il aura le reste du pays qui refuse de cautionner ce parlement. Donc, c’est lui qui fait donc face à un dilemme, c’est lui qui est placé dans une perspective d’échec et c’est lui qui met le pays en danger.

 

ALAKHBAR: Cela ne risque-t-il pas d’aggraver la crise d’autant plus que la COD a rejeté votre initiative de sortie de crise ?


Ahmed Ould Sidi Baba: Vous affirmez des choses dont vous ignorez la réalité. Jamais la COD n’a refusé une initiative de ma part. Je l’ai déjà démenti dans tous les médias. J’ai dit que la COD est en train d’étudier une infinité de choses parmi lesquelles des réformes constitutionnelles, un programme commun de gouvernement, un positionnement par rapport à la crise actuelle et autres. Nous sommes parfaitement en phase, il n’y a aucune espèce de contradiction entre nous et personne n’a rejeté de proposition qui a été faite par moi ou par un autre. Au contraire, nous sommes parfaitement d’accord sur le maintien de notre objectif de mise de Ould Abdel Aziz à l’écart. Nous sommes parfaitement d’accord sur la continuation de notre programme de démocratisation du pays et sur le fait qu’avec la présence de Aziz et dans le cadre des institutions, telles qu’il les a façonnées à sa mesure, il ne peut pas y avoir d’élections libres, transparentes et honnêtes.

 

S’il vous plait, ne bâtissez pas votre vision de la COD sur des choses que vous ignorez. La COD n’a rejeté aucune proposition de sortie de crise. Nous avons une vision de la sortie de crise  que nous sommes pas d’ailleurs obligés d’exposer. Nous ne sommes pas demandeurs de dialogue, nous ne sommes pas demandeurs de discutions avec Ould Abdel Aziz. Nous sommes demandeurs de son départ afin qu’il puisse y avoir, dans ce pays, un changement démocratique qui permettra, par la démocratie, de résoudre nos problèmes ethniques, d’éradiquer les séquelles de l’esclavage, de résoudre les problèmes de développement et de sortir de l’improvisation et du bricolage économique qui sont en train de ruiner le pays.

 

ALAKHBAR: Certains pensent tout de même que la COD a rejeté votre initiative. C’est parce qu’elle n’a pas été bien ficelée? 


Ahmed Ould Sidi Baba: Encore une fois, je vous ai dit qu’il n’y a pas d’initiative bien ou mal ficelée. Il a y un débat interne au niveau de la COD et qui a débouché sur une entente parfaite entre nous sur les moyens de sortie de crise. Encore une fois, nous n’avons pas de propositions de sortie de crise, nous avons un positionnement sur la manière dont il faut sortir de la crise. Ce positionnement et ultra connu; il passe par la mise à l’écart du chef de l’Etat actuel et passe par une période de transition  et des élections consensuelles, transparentes et honnêtes et toutes les dispositions auront été prises pour qu’elles soient telles. Des élections qui seront faites, non  sous l’égide de Ould Abdel Aziz, mais sous l’égide d’un gouvernement indépendant de Ould Abdel Aziz et qui aura les pleins pouvoirs pour les organiser ?

 

ALAKHBAR: Cela veut-il dire que vous rejetez en bloc l’initiative de Messaoud lequel n’appelle pas au départ de Aziz ?


Ahmed Ould Sidi Baba: Nous ne rejetons ou acceptons aucune initiative. Nous sommes prêts, étant des démocrates, à discuter sur toutes les initiatives qui se présentent pour vue qu’elles aient pour objectif de faire sortir le pays de la crise actuelle. Ces initiatives varient: il y a en qui peuvent se rencontrer avec nos idées et  d’autres qui peuvent être divergentes avec nos idées. L’initiative du président Messaoud est une initiative parmi d’autres. Nous la discuterons avec lui, mais à partir de notre vision nous-mêmes des conditions nécessaires pour sortir de la crise, et non pas à partir de la vision unique du président Messaoud pour sortir de la crise.

 

ALAKHBAR: Parlons de l’affaire Bouamatou. Pourquoi n’a-t-on pas encore la position de la COD ?


Ahmed Ould Sidi Baba: Nous avons émis un communiqué en bonne et due forme, il y a, je crois, plus de dix jours dans lequel nous avons dit que voilà que Ould Abdel Aziz continue sa politique de destruction du tissu économique, qu’il n’a pas commencé d’ailleurs avec Bouamatou, c’est depuis son accession au pouvoir et sa vision syncrétique, pour ne pas dire autre chose,  de la manière de produire l’économie. Vous savez, en 1960 quand le pays devenait indépendant il n’y avait aucun capital nationaliste et pas d’hommes d’affaires. En cinquante ans, nous avons crée un tissu économique qui a ses qualités et ses défauts, mais qu’il appartient à l’Etat d’encadrer, d’organiser et de diriger. L’Etat ne doit pas détruire ce tissu économique auquel fait partie Bouamatou au prétexte que tel ou tel ne soutient pas sa politique. Bouamatou est un homme d’affaires qui emploie des centaines de gens qui a investi dans le pays et financé des tas de projets. On peut tout lui reprocher, si l’on veut, mais on n’a pas le droit, au prétexte de son positionnement politique ou de son non soutien au régime actuel, de détruire ce pilier qui est l’un des piliers de l’économie mauritanienne. Tout comme on n’a pas le droit de détruire les piliers que constituent Abdallah Ould Noueïguett et Mohamed Abdellahi Ould Abdellahi ou demain Ehel Ghadda qui sont aujourd’hui dans le camp de Aziz. Nous aurions la même position vis-à-vis d’eux.

 

Vous savez, aujourd’hui les Français estiment à soixante milliards d’euros le manque à gagner par le fait d’impôts non payés, est-ce que cela a amené le gouvernement français à détruire toutes les grandes sociétés. Au contraire, le gouvernement français est en train de financer des entreprises en difficulté et  d’augmenter leur capacité d’emploi. Hors, ceci n’est pas dans la mentalité du régime actuel.

 

ALAKHBAR: Quelle sera l’attitude des partenaires de la Maurétanie ; que le pays traque des hommes d’affaires qui ne s’acquittent pas de leurs impôts ou cela va ébranler la confiance des investisseurs ?


Ahmed Ould Sidi Baba: Qui sont les partenaires de la Mauritanie ? C’est l’Europe, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international. Le problème des Mauritaniens doit être réglé par les Mauritaniens. Malheureusement, dans le monde où nous sommes, particulièrement vis-à-vis des pays d’Europe et plus particulièrement vis-à-vis de la France, le seul souci c’est l’effectivité du pouvoir et non pas sa légitimité, sa capacité, sa démocratie, son ouverture, son équité, sa justice etc. Vous vous souvenez du discours du président Hollande à Tulle: «Nous ne coopérerons plus avec des régimes qui ne soient pas démocratiques et qui n’ont pas la bonne gouvernance etc.. ». Sous le régime Sarkozy, l’actuel chef de l’état a été amené et installé au pouvoir  par les services secrets français. Les Français le soutiennent à fond parce qu’il est simplement un instrument commode entre leur mains pour une vision qu’ils croient être de leur intérêt.  Au niveau de la COD, nous n’attachons pas d’importance capitale à ce que pense l’extérieur. Nous attachons l’importance à ce qui se passe chez-nous et la situation chez-nous ne pourra être réglée que par nous et pas par l’extérieur. Simplement, nous regrettons que des pays démocratiques particulièrement des pays qui ont été à l’origine de la déclaration des Droits de l’homme et du citoyen des pays qui ont été à l’origine de la déclaration de Tulle continuent à agir  en contre sens de leurs propres principes et de leurs propres déclarations. Ceci est triste, d’autant plus que nous estimons essentiel d’avoir une coopération exemplaire avec la France et à travers elle avec l’Europe. C’est l’intérêt de l’Afrique, c’est l’intérêt du monde arabe. Ce n’est pas avec l’Asie ou avec les Amériques que nous la réaliserons mais par une coopération avec l’Europe proche et voisine. L’Europe proche et voisine sa porte d’entrée, pour nous, c’est les pays d’Europe du sud: la France, l’Espagne, l’Italie et plus particulièrement,  pour des raisons historiques, la France qui nous a colonisés. Mais la colonisation est terminée et il n’y a pas lieu de pleurer sur le fait qu’il y a eu une colonisation. En Mauritanie nos ancêtres ont colonisé pendant des siècles l’Espagne et sans doute ont été faites autant de choses inavouables que la colonisation française.

 

ALAKHBAR: S’agissant de la guerre au Mali, la Mauritanie, qui prônait le dialogue, affiche son intention de participer à la guerre. Pensez-vous que Nouakchott regrette sa position initiale?


Ahmed Ould Sidi Baba: Le régime de Ould Abdel Aziz c’est lui qui est à l’origine de la guerre au Mali. Le régime actuel est à 80% à l’origine de la situation déplorable qui existe au Mali. Si sur injonction des Français Ould Abdel Aziz n’avait pas fait pénétrer les troupes mauritaniennes au Mali, s’il n’avait pas encouragé, ce que nous considérons comme inacceptable, une dissidence au niveau du peuple malien, s’il n’avait pas été, selon nos informations, à l’origine de la chute du pouvoir démocratique qui existait au Mali et qui avait ses qualités et ses défauts comme tous les pouvoirs, s’il n’avait pas été à l’origine de tout cela, nous n’en serions pas là. Il n’y aurait pas de la guerre au Mali. Aujourd’hui, le régime mauritanien fait une valse hésitation comme toujours et sans doute il attend le feu vert de quelque part à l’extérieur pour prendre une position. C’est minuscule en disant nous sommes prêts à entrer en guerre sous l’égide de l’ONU.

Au niveau de la COD, nous n’avons rien à voir avec la politique de volte-face continue du régime actuel. Notre position par rapport à la guerre au Mali est très claire: nous sommes pour l’unité aussi bien territoriale que populaire du Mali. Nous avons dit dans un communiqué que nous soutenons l’unité populaire et l’intégrité territoriale du Mali frère. Nous avons affirmé que le Mali est plus proche de nous peut-être que n’importe quel autre pays et que les intérêts économiques mauritaniens au Mali, notamment ce qui concerne l’élevage, dépassent de très loin ses intérêts économiques par rapport à tout autre pays.

ALAKHBAR: Mais, aujourd’hui la donne a changé en raison de la guerre ?

Ahmed Ould Sidi Baba: Oui. Il y a la guerre, mais ce n’est pas nous qui avons provoqué cette guerre. Je viens de vous expliquer l’origine de cette guerre. Nous souhaitons que le peuple malien résolve ses problèmes interethniques par le dialogue  et par la concertation. Nous sommes contre l’implication de nos forces dans une guerre pour laquelle nous sommes ni outillés ni préparés et qui nous mettrait dans une situation consécutive à l’incursion des forces mauritaniennes, pilotées par Aziz, sur le territoire malien. Ceci dit, nous sommes évidemment contre le terrorisme, nous sommes contre le trafic de drogue et contre le trafic de toute sorte et nous souhaitons, de tout cœur, que le peuple malien retrouve son unité aussi bien territoriale que populaire et  nous souhaitons  que le régime actuel en place au Mali et celui qui le succédera instaure une véritable démocratie dans ce pays. Nous sommes là pour aider à réaliser ses objectifs et nous ne sommes pas là pour interférer dans les affaires internes du Mali. La souveraineté malienne est là, et c’est elle qui a fait appel à des forces extérieures. C’est leur droit. Nous n’avons ni à condamner ni à absoudre la présence de troupes étrangères au Mali ceci relève de la souveraineté malienne.

 

Ce que j’aurais à ajouter c’est d’interpeller vos lecteurs pour leur dire qu’il est temps, après toute cette période, que les Mauritaniens se réveillent à la démocratie se réveillent à la liberté et comprennent qu’ils n’auront pas de gros problèmes, ni de politiques internes, s’il y a la démocratie, parce que c’est par la démocratie que chacun trouvera la possibilité d’exprimer sa spécificité et sa différence. C’est par elle que chacun trouvera un moyen de dénoncer ce qu’il juge injuste éradiquer les séquelles de l’esclavage, résoudre problème du Passif humanitaire et celui des événements de 89.Notre peuple est héritier de la même civilisation islamique qui garantit son unité.




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