Date: 18.11.2018  Heure: 03:51 GMT


Ajouté le : 06.07.2013 02:39

Election - Mali: La France ne peut pas nous dicter quoi que ce soit (Candidat Omar Mariko -Interview)

Omar Mariko, candidat à la présidentielle malienne

Omar Mariko, candidat à la présidentielle malienne

ALAKHBAR (Nouakchott)- À propos de l’élection présidentielle malienne prévue le 28 juillet, le candidat, Omar Mariko, a précisé: « La France ne peut pas nous dicter quoi que ce soit. La France peut seulement dicter ces desideratas aux gens qu’il a mis au pouvoir et qui s’y maintiennent par la répression ».

« François Hollande dit que les conditions sont techniquement réunies pour la tenue de l’élection. Il l’a dit. Alors, qu’il l’assume », a ajouté le président du parti de la Solidarité Africaine pour la Démocratie et l'Independence (SADI), dans cette interview à Alakhbar.

ALAKHBAR: Peut-on savoir l’objet de votre visite en Mauritanie ?

 

Omar Mariko: Je suis là pour deux objectifs fondamentaux: me rendre compte de la situation des refugiés et comprendre l'idée que les gens ont de la question de la rébellion et, par ailleurs, rencontrer certains mouvements maliens que j’ai envie de connaître d’avantageà savoir le Mouvement Arabe de l’Azawad. Les gens en parlent plus par méconnaissance que par autre chose, parce qu’on ne voit pas beaucoup les Arabes s’agiter comme la rébellion qui a pris un nom  touareg.

 

Je suis venu aussi rencontrer la toute nouvelle structure du parti (SADI), qui a vu le jour en Mauritanie où  j’aimerai aussi avoir un bon score pendant l’élection présidentielle.

 

 ALAKHBAR : Avez-vous rencontré ces réfugiés dont Maurétanie ?

 

Omar Mariko:J’ai rencontré des responsables de mon parti qui sont en relation avec les refugiés. J’ai aussi beaucoup d’informations sur eux. Mais, je n’ai pas pu faire le déplacement sur le lieu, parce que le temps est court.

 

ALAKHBAR : Comment appréciez-vous le début de retour de ces refugiés au Mali? 

 

Omar Mariko:Il y a des refugiés qui ont commencé à rentrer. Mais d’autres ont peur de retourner. Ce qui est tout à fait normal et justifié, car les conditions de vie ne sont pas faciles.

Permettez-mois, à l’occasion, de remercier les autorités et le peuple mauritaniens, pour l’accueil réservé à nos compatriotes.

 

ALAKHBAR : Qu’est ce qu’on peut retenir de votre rencontre avec le MAA ?

 

Omar Mariko:J’ai compris qu’il y a un fort courant dans le Mouvement Arabe de l’Azawad qui revendique, avec fermeté, son appartenance au Mali, l’unité nationale, l’intégrité territoriale du Mali et la justice et, qui est résolument contre l’impunité laquelle est source d’exaction, de conflit  et de frustration.

 

J’ai rencontré aussi des Touaregs. J’en ai rencontrés certains qui posent toujours le problème de séparation, cette séparation absurde de la part du MNLA. Vous savez, les gens peuvent être dans ce genre de mouvement sans grandes convictions politiques, mais, simplement, par un repli identitaire.

 

ALAKHBAR: Avez-vous toutefois rencontré des membres du MNLA en Mauritanie ?

 

Omar Mariko:Non. Je n’ai pas rencontré officiellement le MNLA. On a tendance à mettre tout le monde dans le MNLA. Or, il n’y a pas que ça. On a connu les mouvements Gandaizo" et "Gandakoy, et on connait, aujourd’hui, le Mouvement Arabe de l’Azawad, comme l’Alliance de la Communauté Arabe du Mali que nous ignorions.

 

ALAKHBAR: L’Assemblée nationale malienne a levée  votre immunité ainsi que celle de 8 autres députés. Quelle est votre réaction ?

 

Omar Mariko:L’Assemblée nationale malienne n’existe pas. Il s’agit, en réalité, de gens ridicules, qui ont pris une institution en main et, qui se réclament de l’Assemblée. Là où ils sont ridicules, c’est que moi j’ai été arrêté par la Sûreté d’Etat: on est venu fracasser mon bureau, m’arrêter, me menotter et m’enfermer dans les locaux de la Sûreté d’’Etat, pendant trente-six heures. L’Assemblée n’a pas fait la moindre protestation pour cette arrestation d’un député couvert par l’immunité parlementaire. Vous comprenez, en réalité, qu’il s’agit d’un jeu politique, d’une instrumentalisation de la justice malienne, pour nuire à ma réputation, d’une part et, d’autre part, pour essayer de me faire barrage dans la course pour la présidentielle. Sinon, rien ne justifie cette fameuse levée d’immunité. 

 

D’ailleurs, depuis la fin du mandat des députés, du mandat réel des députés, je n’ai pas mis pied à l’Assemblée. Vous avez dû entendre que j’ai pris les émoluments. Ils se rendent compte, maintenant, que leur mensonge n’a pas avancé; je n’ai pas pris un franc de l’Assemblée nationale du Mali, parce que je considère qu’on doit respecter le peuple qui nous a élus pour cinq ans. Au bout des cinq ans, je dois plier bagages. Et si je dois rempiler pour un second mandat, que cela se fasse par des élections.

 

ALAKHBAR : Alors, qui serait derrière votre acharnement?

 

Omar MarikoC’est le régime de fait de Dioncouda Traoré; le régime porté par la Communauté internationale et qui n’a aucune base légale ou légitime. C’est Dioncouda Traoré et ses copains qui sont derrière cette affaire. Ils ont essayé de me vendre à la Communauté internationale comme étant un bouc émissaire, parce que je revendique ma patrie, avec la passion qui m’anime. Ils ont fait croire n’importe quoi à la Communauté internationale qui m’a sevré de visas en France, aux Etats unis, etc. Maintenant, ils veulent porter le coup de grâce. Mais, autant les autres tentatives ont éclaté, autant celle-ci va échouer. Ça va péter dans leurs mains.

 

ALAKHBAR : À la rencontre avec vos militants à Nouakchott, vous avez accusé le régime malien d’incapable d’organiser des élections ?

 

Omar MarikoIls sont incapables d’organiser une élection crédible et transparente dans les jours à venir. Ils ont déjà usé de tous les moyens pour rester au pouvoir, en liquidant les concertations internationales. Ils veulent encore user d’autres méthodes pour mettre le peuple malien devant le fait accompli: soit élire un président au rabais qui pourrait être source de contestation soit reporter l’élection, parce qu’ils l’ont mal préparée. Ils ne l’ont d’ailleurs pas préparée, ils veulent, plus tôt, rester coûte que coûte au pouvoir.

 

ALAKHBAR : Comment expliquez-vous le différend entre Paris et Bamako au sujet de la présidentielle malienne prévue le 28 juillet ?

 

Omar MarikoCe n’est pas un problème entre la France et le Mali. C’est un problème entre la France et les hommes politiques du Mali que la France a mis au pouvoir. Sinon, la France ne peut pas nous dicter quoi que ce soit. La France peut seulement dicter ces desideratas aux gens qu’il a mis au pouvoir et qui s’y maintiennent par la répression et par la pression de la communauté internationale.

 

ALAKHBAR : La France est persuadé de la possibilité de tenir l’élection en la date fixée.

 

Omar MarikoFrançois Hollande dit que les conditions sont techniquement réunies pour la tenue de l’élection. Il l’a dit. Alors, qu’il l’assume. Tout ce que je sais, c’est que nous n’allons pas accepter une élection bâclée.

 

Alakhbar : Pensez-vous que le gouvernement malien n’est pas techniquement prêt pour organiser l’élection ?

 

Omar MarikoJe voudrais bien que ce soit eux qui le disent. Nous, nous avions dit que pour aller à l’élection et pour que le mal soit extirpé dans son fond, c'est-à-dire ce qui a conduit à la guerre, il fallait des concertations nationales, un fichier électoral propre, le retour des réfugiés et qu’on sécurise le pays. Ils ont répondu que cela n’était pas démocratique et qu’ils pouvaient organiser l’élection dans le délai. Je leur laisse, alors, le soin de dire, devant l’opinion nationale, qu’ils sont incapables d’organiser l’élection.

 

Je vous donne un exemple relatif à la Mauritanie. Il y a plus de cent Mille Maliens en Mauritanie. Seulement, 7800 parmi eux vont aller aux urnes. À  Rosso (Sud Mauritanie), par exemple, il y a eu aucun recensement, et l’on ne sait pas qui va voter ou pas dans les camps des refugiés. C’est vraiment d’une situation très hypothétique.

 

ALAKHBAR : Le SADI, votre parti a initié le Mouvement MP22 de soutenu aux putschistes du 22 mars. En ce contexte électoral, qu’attendez-vous en échange?

 

Omar MarikoLe MP22 a dit, à qui veut l’entendre, que j’étais son candidat. En tout cas, la direction a défini, clairement, sa position. On attend simplement de faire une déclaration plus solennelle.

 

ALAKHBAR : Attendez-vous aussi  au soutient de ces militaires?

 

Omar Mariko: Il est difficile de dire le contraire, parce que ma relation avec les militaires ne date pas du coup d’Etat du 22 mars, elle remonte en 1992. En cette date, on a raté le tournant par Amadou Toumani Touré-ATT (Président renversé du Mali) et la constitution d’une armée républicaine, forte, équipée et bien formée, une armée où la justice serait de mise et où le galon dépendrait de l’engagement du soldat. À l’époque, j’avais dit à ATT que c’était l’occasion de mettre fin au règne de l’aristocratie des généraux et des colonels de l’Armée qui ont pillé les caisses de l’Etat, qui n’ont aucun regard vis-à-vis des soldats et qui font passer les gens de grade en grade sur la base de la corruption et du népotisme et qui précipitaient sur les primes de maintien de la paix pour spolier les militaires.

 

Depuis cet instant-là, les hommes de rang, les soldats, les sous-officiers et les officiers subalternes m’ont adopté. J’ai été alors permanemment sollicité par les militaires, parce que, disent-ils, j’ai été le seul député capable de porter leur voix auprès du président et auprès du peuple malien.

 

ALAKHBAR : Pourquoi la rébellion perdure-t-elle au Mali ?

 

Omar MarikoJ’avais pris contact avec la rébellion et j’ai amplement discuté avec  elle.  Malheureusement, je n’ai pas été écouté par le président Amadou Toumani Touré, qui a fini par confier le dossier de la rébellion à Ahmed Baba Miské et à Edgard Pisani, ce qui a bloqué la logique de discussion sur cette question de façon nationale.

 

À cause d’une politique antinationale, menée depuis de longues dates, les Maliens se sont regardés à travers un prisme: le Nord croyant qu’ils ne fait pas partie de ce qu’on a appelé le Mali utile et que tout le développement se trouve au Sud et le Sud disant que les gens du Nord sont des paresseux qui payent très peu, ou pas, d’impôts, alors que tous les projets sont orientés vers le  Nord. Les uns est les autres ne font que des jugements superficiels. Donc, ce prisme il faut le briser et rétablir une véritable justice ainsi qu’un véritable dialogue.

 

ALAKHBAR : Quelle place occupe la question du Nord mali dans votre programme électoral ?

 

 Omar MarikoC’est la question, à mon avis, fondamentale et prioritaire pour tout président malien soucieux de ce pays.

Mais, il faut savoir que nous avons travaillé longtemps dans le mensonge et, qu’il n’y a jamais eu de dialogue réel sur la question. C’est pourquoi je vous ai évoqué l’année 91, parce que j’étais le seul homme politique à dire que la question du nord est un moyen, pour certains, de s’enrichir en faisant d’elle un fonds de commerce.

 

ALAKHBAR: Quelle solution proposez-vous pour un règlement définitive de la question ?

 

Omar Mariko: Je dis, tout le temps, le jour où le peuple malien va avoir le courage, et si je suis élu je le ferai, de faire ce que j’appelle la « comptabilité macabre », c'est-à-dire: savoir le nombre de Touaregs, d’Arabes, de Maures, de Songhaïs et de Peuls de la région du Nord, le nombre de rebelles et de soldats maliens, qui se sont entretués, pour l’espoir du développement du Nord. On doit aussi mettre dans la balance ce qui a été mis en avant comme raison pour prendre les armes et ce qui a été mis en avant comme raison pour défendre l’intégrité territoriale. Qu’on sache également qui a profité de la situation, qui en a bénéficié et qui a été victime.  Ce qui sortira de là c’est ce qui va construire le nouveau Mali, parce qu’on se rendra compte qu’on a eu un Etat de prédateurs qui, pendant des années durant, ont mis le citoyen malien dos à dos. On saura aussi les vrais enfants de ce pays. En ce moment, les honnêtes citoyens vont pouvoir choisir les hommes qu’il faut à la place qu’il faut.

 

ALAKHBAR : Pourquoi la presse a beaucoup écrit sur l’existence de relations particulaires entre vous et le régime mauritanien ?

 

Omar Mariko: (Rire)  Je suis devenu un fonds de commerce pour une certaine presse; on s’assoit dans un coin, on écrit les choses, les gens vous payent et bonjours les dégâts. Non, je n’ai pas de contact avec le régime mauritanien. Lorsque que des refugiés sont sortis de tout le Mali, en 2011, j’ai écrit à tous les pays susceptibles de nous recevoir. J’ai, en tant que député et dirigeant politique, adressé une lettre, accompagnée d’une demande d’audience, au président mauritanien, nigérien, algérien et burkinabé, pour les féliciter et remercier pour avoir accueilli nos concitoyens.

 

J’ai été saisi par l’Ambassade de la Mauritanie au Mali qui m’a informé que j’ai reçu une invitation des dirigeants mauritaniens. J’’ai beaucoup apprécié. Je suis venu en Mauritanie, j’ai passé quatre jours dans une auberge à Nouakchott, j’ai ramassé mes affaires et je suis rentré à Bamako.

 

ALAKHBAR : Sans même voir le président Ould Abdoul Aziz?


 Omar Mariko:Je n’ai pas été reçu par le président Ould Abdoul Aziz. J’ai pu me régaler du lait de chamelle  et je suis rentré à Bamako. (Rire) Si vous pouvez m’organiser un rendez-vous aujourd’hui, je le rencontrerai. Je veux que tous ces candidats se rassurent que ce n’est pas ça qui fera ma force, ma force c’est le peuple malien.  

 

ALAKHBAR: Pourtant, la presse a rapport votre rencontre avec le président Aziz, quelques jours avant le coup d’Etat du 22 mars ?

 

Omar MarikoJ’ai même appris que j’ai reçu des mallettes d’argent. Mais si le président Ould Abdel Aziz m’appelait aujourd’hui pour me donner des mallettes d’argent, je serais très heureux. Mais ce sont des mensonges; j’ai rien reçu de qui que ce soit. Je n’ai rencontré aucune autorité mauritanienne à part l’ambassadeur de Mauritanie au Mali.

 

ALAKHBAR: Le président Aziz ne vous a donc pas demander de soutenir le capitaine putschiste, Sanogo ?

 

Omar MarikoSi j’avais rencontré le président Ould Abdel Aziz, je l’aurais dit. Et puis, le président Ould Abdel Aziz n’a pas besoin de me demander de soutenir le capitaine Sanogo, pour la simple raison que j’ai cheminé avec ceux qui sont avec Sanogo dans la Coordination des sous officiers, bien avant le coup d’Etat. En effet, depuis février 2012, mon parti avait déclaré que ATT avait trahi la nation. Et le 26 mars, nous avons déclenché des protestations jusqu’à la chute de ATT. Ça c’est dans les documents et des affiches avaient été faites pour ça. Maintenant, Sanogo, en bonne opportuniste, là je le mets entre guillemets, est sorti de nos flancs pour faire le coup d’Etat et nous l’avons apprécié et soutenu. Il n’y a rien d’extraordinaire. Mais quand on mène des combats de principe, les gens, habitués à la magouille, ne comprendront jamais. Donc, ils trouvent toujours des raisons extraordinaires à des choses ordinaires.

 

ALAKHBA: Quelles relations compteriez-vous avoir avec ce régime mauritanien ?

 

Omar MarikoIl nous faut avoir des relations avec le régime mauritanien, sénégalais, guinéen, algérien, ivoirien, burkinabé et nigérien c'est-à-dire les sept pays qui entourent mon pays. Je me dois d’avoir des relations privilégiées avec ces différents chefs d’Etat. Je me dois vraiment de rencontrer ces autorités surtout celles mauritaniennes si j’ai l’occasion.

 




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